Tout est naturel, voyons !

Sommaire

Artificiel VS naturel

La pastèque (ou melon d’eau), de l’espèce sauvage (gauche) au produit sélectionné (droite).

Rien n’est naturel ?

«non seulement que les humains sont présents partout dans la nature, mais la nature est le produit d’une anthropisation, y compris dans des régions qui ont l’air extrêmement peu touchées par l’action humaine.» [4]

« L’Amazonie n’est pas une forêt vierge. La pratique de l’horticulture sur brûlis et la domestication des plantes par les Amérindiens depuis douze mille ans ont profondément transformé le matériel végétal et la composition floristique de la forêt. On y trouve une biodiversité très élevée, dont une biodiversité de plantes qui sont utiles à l’Homme. […] chez les Achuars, la forêt est vue comme une plantation. » [4] *

Fresque retrouvée récemment au cœur de l’Amazonie, témoignant des constructions culturelles dans cette zone pendant la préhistoire et de la forte influence des premiers peuples sur cette forêt.

« De ce que les actions humaines affectent globalement la biosphère, il ne faut pas conclure que celle-ci est un produit de l’œuvre humaine. Sans doute l’air est-il pollué au sommet de l’Everest comme au-dessus de la tour Eiffel ; pour autant toute différence entre Paris et l’Himalaya n’a pas disparu : l’Himalaya est plus naturel que la tour Eiffel. » [in Penser et agir avec la nature]

Non je sais … tout est naturel !

Couverture du livre « Thermodynamique de l’Evolution » présentant un monisme naturaliste (voir ▪). © éditions Parole

« Comme tous les monismes, la naturalisation de l’artifice conduit à un effacement des repères normatifs. Doublement : elle efface l’extériorité de la nature et, avec elle, le respect qu’on lui doit. Mais, en intégrant l’homme dans l’évolution, elle efface aussi sa responsabilité éventuelle dans les changements technologiques, rebaptisés “évolution”. » [Penser et agir avec la nature] [2]

« on pose soit que tout est culture, que la nature est une construction sociale (position de Cronon), soit, comme Callicott, que tout est nature, et que l’homme est un être naturel » [in Penser et agir avec la nature] [2]

Une scène tout à fait naturelle selon la dérive moniste du « tout naturel ».

Il n’y a pas de continuité absolue

« L’anthropisation continue de la planète depuis qu’Homo sapiens exerce sa sapiens sur la Terre a franchi un point de bascule avec le développement des énergies fossiles et le réchauffement climatique qu’il engendre. […] [l’ouverture] des pâturages qui vont ensuite devenir des plantations de palmes à huile ou de cacao […]. On n’est plus du tout dans le même registre que l’anthropisation de la forêt amazonienne ou que la transformation de l’Australie centrale par les feux de brousse des aborigènes. » [4]

Un feu de brousse aborigène traditionnel (gauche), contre un ratiboisement de forêt pour l’exploitation du charbon à Hambach en Allemagne (droite).

« Plus un acte technique a respecté les processus naturels, plus on sera proche de la nature, avec laquelle il a bien fallu composer; plus on a négligé les contextes et les processus naturels, plus on s’oriente vers l’artifice. » [in Penser et agir avec la nature] [2]

Ne plus parler de « nature » ?

« [Cela] c’est le capitalisme. Moi, j’appelle cela le ‘naturalisme‘ parce que le capitalisme a besoin de ce sous-bassement que j’ai appelé le naturalisme ; c’est-à-dire cette distinction nette entre les humains et les non-humains, la position en surplomb des humains vis-à-vis de la nature » [4].

« On ne change pas d’ontologie, ni de façons de s’exprimer, sur simple décision, et les catégories par lesquelles on peut tenter de remplacer la nature (les humains et non-humains, ou la biodiversité) sont elles aussi occidentales. D’ailleurs, le non-humain est une catégorie tellement relative à l’humain, que toute l’attention se porte, comme d’habitude, sur l’humain.
Aussi continuerons-nous à parler de nature. En y voyant non pas une substance, mais un ensemble de relations, dans lequel les hommes sont inclus, un enchevêtrement de processus. » [2]

L’amoralité de la nature n’excuse pas la dérive prométhéenne

L’abbaye de Montauban prise à 40 ans d’intervalle.

Une problématique surtout sociale et politique

« Il n’y a pas de “catastrophe environnementale”. Il y a cette catastrophe qu’est l’environnement. […] Ce qui s’est figé en un environnement, c’est un rapport au monde fondé sur la gestion, c’est-à-dire sur l’étrangeté. […] un rapport au monde tel qu’il y a moi et mon environnement, qui m’entoure sans jamais me constituer. Nous sommes devenus voisins dans une réunion de copropriété planétaire. On n’imagine guère plus complet enfer.

Aucun milieu matériel n’a jamais mérité le nom “d’environnement”, à part peut-être maintenant la métropole. L’environnement, ce n’est finalement que cela : le rapport au monde propre à la métropole qui se projette sur tout ce qui lui échappe. […] Ce qui se présente partout comme catastrophe écologique n’a jamais cessé d’être, en premier lieu, la manifestation d’un rapport au monde désastreux. Ne rien habiter nous rend vulnérables au moindre cahot du système, au moindre aléa climatique. […] Ce qui rend la crise désirable, c’est qu’en elle l’environnement cesse d’être l’environnement. » [6] ***

Cabane à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (gauche), et à la ZAD d’Arlon (droite).

« Ces deux hypothèses qui s’affrontent s’appuient toutes deux sur différents travaux scientifiques. Mais, quels qu’en soient les résultats, elles engagent avant tout un choix politique, entre deux types de politiques de protection de la biodiversité : l’une relève d’une politique globale, administrée d’en haut et faisant appel à l’autoritarisme scientifique, l’autre, sur la base d’accords locaux, implique la coopération et même l’initiative des populations concernées. » [in Penser et agir avec nature] [2]

Conclusion

Forêt primaire, se regénérant toute seule, plantation de conifères et sapin en pastique : lesquels sont naturels ?

Bonus :

« Après tout, l’histoire humaine est longue et variée; y trouver des analogies avec la thermodynamique (à la manière des spurious correlations) est plutôt trivial, ou tout du moins trop peu étayé dans l’ouvrage pour qu’on en soit totalement convaincu — ce qui ne veut pas dire que c’est faux ».

Bonus 2 :

Notes

«[…] La situation est la suivante : on a employé nos pères à détruire ce monde, on voudrait maintenant nous faire travailler à sa reconstruction et que celle-ci soit, pour comble, rentable. […] Voitures écologiques, énergies propres, consulting environnemental coexistent sans mal avec la dernière publicité Chanel au fil des pages glacées des magazines d’opinion. […] C’est que l’environnement a ce mérite incomparable d’être, nous dit-on, le premier problème global qui se pose à l’humanité. Un problème global, c’est-à-dire un problème dont seuls ceux qui sont organisés globalement peuvent détenir la solution […] les groupes qui depuis près d’un siècle sont à l’avant-garde du désastre et comptent bien le rester, au prix minime d’un changement de logo […] les nouvelles solutions ressemblent aux anciens problèmes. […] nous serions prêts à sauter dans les bras de ceux-là mêmes qui ont présidé au saccage, pour qu’ils nous sortent de là

Références

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Low-techs, solutions basées sur les écosystèmes, biologie évolutionniste

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