Les lowtechs sont-elles solubles dans le capitalisme ?

Définir le capitalisme

Le capitalisme c’est l’idée enfantine que le « trop » n’existe pas.
Le capitalisme c’est l’idée enfantine que le « trop » n’existe pas.

Le capitalisme rachètera tout.

Il est permis de penser que plus la catastrophe environnementale s’intensifiera, plus le capitalisme se débridera, dépassant toujours plus ses limites. C’est déjà le cas avec quelques vestiges du monde naturel : pêle-mêle, on marchandise maintenant l’air pur des rocheuses canadiennes aux chinois étouffant sous « l’airpocalpyse »[4], on propose à prix d’or du tourisme sur certains glaciers avant qu’ils ne disparaissent à jamais, on s’accapare des glaces dérivantes pour en vendre l’eau claire à l’autre bout du monde… Vous connaissiez le « whale watching » ? Vous pouvez maintenant aller traquer la fonte des icebergs, ou vous offrir le luxe de tuer un des derniers éléphants africains !

coupures de presse sur la marchandisation de la nature
caricature du 0 déchet
(Gauche) Caricature sur les dérives du zéro déchet (© bloutouf). (Droite) Création de besoin zéro-déchet par le système marchand, parmi des initiatives potentiellement utiles.

Les lowtechs, un coup fatal à la logique marchande, au productivisme, à l’extractivisme et aux croissancistes (?)

Une lowtech se doit d’être simple, réparable, respectueuse de l’environnement. Visant plutôt les besoins de base indispensables (boire, manger, se loger, se chauffer…), elle a aussi un faible coût et se doit d’être accessible au plus grand nombre [18]. Les lowtechs s’opposent donc naturellement aux high-techs, même si elles n’ont pas de définition absolue, mais toujours relative à une technologie donnée (ex : le fairphone est high-tech par sa miniaturisation, mais plus lowtech que les autres smartphones). Une lower-tech, en somme.

Les lowtechs, soutient d’un capitalisme sur la pente descendante …?

Il faut donc être prudent. Ainsi, inciter à avoir un « prix le plus adapté et équitable possible » peut vite glisser vers « prix le moins cher », et alors rattraper un travers du capitalisme. Des attaques similaires envers des points spécifiques des lowtechs, qui pourraient dénaturer ses objectifs de base, sont d’ailleurs énumérées ici :

Points attaquables (rouge) de la définition lowtech, et quelques points de résistance (vert). ©Lowtech Lab Montréal

… et maintien d’une idéologie destructrice possédant des moyens de plus en plus limités ?

On est donc en droit de se demander : des innovations lowtechs permettront-elles d’exploiter les derniers gisements ? Ou de perpétuer encore un peu plus la domination des 1% (humains à 500$+/jour) sur les autres (humains à 1$/jour) [13] ? Car l’extractivisme, par définition lié au capitalisme, nécessite une main-d’œuvre sous-payée et docile pour être rentable.

en vente sur Amazon …

L’innovation Jugaad / frugale : les low-techs avalées par le système marchand

En fait la réponse au titre de ce texte est déjà trouvée : oui … Oui depuis que le système marchand s’est imposé comme seule voie possible dans les pays du Sud, qui n’hésitent plus à employer le vocabulaire de ceux qui les dominent. Plus royalistes que le roi, c’est ainsi que l’indien Navi Radjou enclin les lecteurs de son manifeste « Jugaad Innovation » à prendre exemple sur ni plus ni moins que 3M, Apple, Best Buy, Facebook, General Electric, Google, IBM, PepsiCo, Procter & Gamble, Renault-Nissan, et WalMart (!), c’est-à-dire une bonne partie du club très fermé des entreprises le plus à l’avant-garde du désastre actuel …

N. Radjou n’est pas le seul à confondre low-tech et low-cost …

Conclusion

Tout comme l’initiative zéro déchet, la pensée et le mode de vie lowtech n’est pas a priori immunisée contre une reprise par le Marché global : le zéro déchet impliquait aussi initialement un modèle peu compatible avec le capitalisme (moins de production au total), mais rien ne bat un système capitaliste auquel on soumet les bonnes incitations. L’émergence de termes comme l’innovation jugaad ou frugale donne quelque sueurs froides : l’amalgame entre low-tech et low-cost est vite arrivée (et le low-tech ne s’oppose pas forcément à la complexité !) Il faut donc rester vigilant, et ne pas hésiter à dénoncer toute reprise abusive du terme lowtech, commerciale notamment. Car, en voulant être améliorable, la définition des lowtechs est aussi moins balisée et donc plus à même de partir vers une “pente glissante” de dénaturation. Cependant, si on tient compte de leur but initial (répondre aux besoins de base), cela limite beaucoup la casse.

Références :

[1] LesEchos, “Négocier la nature sur les marchés financiers ? Une ONG met en garde” (2019), https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/negocier-la-nature-sur-les-marches-financiers-une-ong-met-en-garde-1023716

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Low-techs, solutions basées sur les écosystèmes, biologie/écologie/évolution

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Max Pinsard

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